Jours 15, 16, 17, 18, 19 : Kanazawa & co

Jour 15 : Kanazawa nous revoilà

Réveil matinal au ryokan, Papi et moi sortons faire un petit tour pendant que Mimi et Babichou dorment du sommeil du Super Juste 1ère Classe.
Relativement au début du voyage, on pourrait presque dire qu’il fait froid : nous sortons tout de même en tee-shirt, mais nous sommes contents de trouver une machine à boisson pour y prendre un café chaud.
Petite note pittoresque : le Japon est un pays réputé pour sa sûreté, mais cette sûreté ne veut pas dire absence de criminalité, ni de déliquance.
Le taux de criminalité est on ne peut plus bas que dans les pays occidentaux, mais il y a des crimes.
La délinquance, financière ou corruption des élus, escroqueries et arnaques (surtout des personnes âgées), « oubli » de déclaration de décès pour continuer à toucher les pensions, vols fétichistes : tout cela existe.
Mais surtout et avant tout, ce qui change par rapport à chez nous, c’est l’absence d’actes inciviques, dégradations volontaires, et autres chienlit qui pourrissent le quotidien et empêchent – pour revenir au sujet – de disposer dans des endroits non surveillés de machines à boissons, machines à cigarettes, stands de vente de journaux ou autres articles payants, mais en libre service.
Bref, toutes ces services qui existaient autrefois en France, mais sont aujourd’hui impensables, car aussitôt dévalisés et vandalisés.
Après ce café chaud, promenade dans un village rural encore un peu endormi, même si nous croisons les collégiens partant attraper leur car pour parcourir la demie-heure qui les sépare de leur établissement à Nagano : il est 7h.
Le Japon rural c’est un peu la France – et sans doute tant d’autres pays – où chacun cultive son lopin de terre et mène une vie sur un autre rythme que celle de la ville.
La différence, c’est l’éternelle proximité de la spiritualité : temples et sanctuaires.
Comme nous devons aller au village Ninja et que nous devons rendre la voiture à 11h30, il faut y être pour l’ouverture et se dépêcher un peu : petit-déjeuner à 8h30, occidental (western style) pour Papi et Babichou, japonais pour Mimi et moi.
Le petit déjeuner traditionnel est un repas comme un autre : légumes marinés, poisson grillé, riz (équivalent du pain), et quelques autres agrémentations.
Nous finissons de nous préparer, rendons la chambre et filons au village Ninja : une sorte de mini parc d’attractions en plein-air, avec notamment des parcours de franchissement, qui font la joie du Babichou.
Redescente vers Nagano et après avoir rendu la voiture, nous prenons le train pour Kanazawa (金沢市).
Cette ville, surnommée la « petite Kyoto », est une grande ville pour nous mais une ville moyenne pour le Japon.
Sur la côte de la Mer du Japon, elle a eu la chance de ne pas souffrir des bombardements et d’être à l’écart des tremblements de terre et autres typhons.
Elle a également connu un essor remarquable grâce à l’or et l’argent, par le minage mais aussi l’artisanat qui y est lié.
Aujourd’hui, elle offre aux visiteurs un chateau restauré, particulier dans le sens où il n’a pas de donjon comme un chateau japonais, un des trois plus beaux jardins paysagers du Japon, ainsi que les quartiers historiques préservés de samourai et maisons de thé.
Pour qui creuse un peu, il y a aussi de nombreuses choses autour des arts traditionnels et de l’artisanat : soie, teinture, laque, dorure official source.
C’est la quatrième fois que nous venons à Kanazawa et jusque-là, comme il n’y avait aucun shinkansen qui y menait, elle échappait à l’afflux de touristes.
Depuis 2015 par contre, une ligne de shinkansen relie Kanazawa à Tokyo en 2h30 et nous sentons la différence 🙁
Nous retrouvons rapidement nos habitudes à la gare et pour commencer le sushi bar.
Cependant, Papi et Mimi veulent déposer les valises dans des consignes… Mal leur en prend, la consigne automatique ne nous délivrant pas de ticket pour l’une d’entre elles…
Horreur ! Malheur ! Il va falloir demander à un Japonais de gérer une exception, le tout dans une langue que probablement il ne maitrisera pas : le pire scénario envisageable 🙂
Nous commençons par nous adresser à un bureau de dépose bagage : pépère rond de cuir fait semblant de ne pas me comprendre et me montre en boucle son écriteau avec les horaires d’ouverture 🙂
Un de ses collègues, néanmoins, nous accompagne jusqu’aux consignes et à l’aide de la trinité des deux (mots de japonais, mots d’anglais, gestes), il comprend le problème et nous accompagne au comptoir d’information, où il explique le cas aux deux jeunes filles de service, aucune d’entre elles ne parlant anglais.
L’une d’elle nous raccompagne aux consignes et tente de nous expliquer quelque chose : c’est là que la magie de la technologie intervient.
Je lui tends mon téléphone avec une application de traduction et elle saisit dessus que le manager va venir.
Petite parenthèse organisationnelle : pour la première fois pour ce voyage, nous avons loué un boitier wifi-4G, qui nous permet d’accéder à tout moment à internet avec nos téléphones, ce qui est vraiment pratique pour se repérer (ça change de mes cartes hors connexion faites à la main, puisque à nous avons le guidage), trouver des horaires de transport ou des itinéraires, traduire (notamment du texte par reconnaissance visuelle), etc.
Le manager arrive, nous lui réexpliquons et il peut vérifier sur la machine qu’il y a bien eu une transaction effectuée au même moment que nos autres valises, dans le casier que nous lui indiquons.
Nous expliquons que nous devons aller manger avant de récupérer la valise, il note son numéro au dos du ticket qu’il édite pour nous, afin de le faire appeler quand nous voudrons notre valise.
Après déjeuner donc, retour au comptoir d’information : les deux filles précédentes ne sont plus là, remplacées par deux nouvelles, dont aucune ne parle anglais non plus…
Je réexplique comme je peux, je montre le tiquet avec le numéro de téléphone, mais ça semble ne pas être clair, ou ne pas vouloir rentrer.
L’une des deux finit par décrocher son téléphone et appeler le numéro, pour apparemment se faire expliquer la situation, puisqu’elle finit par s’exclamer « ah j’ai compris ! ».
Elle nous explique que le manager va nous rejoindre aux consignes.
Son bureau doit être loin et nous allons être en retard à notre rendez-vous pour rejoindre la maison de location, mais il finit par arriver et demande pour seule authentification la couleur de la valise qui est dans la consigne.
Hop nous rejoignons en vitesse notre hôtesse, qui nous conduit en voiture à la maison de location, une maison ancienne retapée, dans le quartier des temples au nord est de la ville : quartier typique, de type ancien, résidentiel, à flanc de colline, et effectivement constellé de temples, petits cimetières, et aires de jeux pour enfants.
Nous prenons nos quartiers et allons faire des courses, avant de diner à la maison et regarder avec curiosité la télévision : il faudra à l’occasion que je parle de la télévision japonaise 🙂

Jour 16 : tambour battant

La journée commence à 7h23, au son du tambour : nous logeons dans le quartier des temples et c’est apparemment l’heure d’une prière, ou d’un quelconque événement.
Nous commençons par nous promener un peu dans le quartier, pour boucler avec le quartier des maisons de thé : Higashi Chaya Machi (東茶屋街).
Ce quartier historique préservé est superbe, mais trop touristique 🙁 Il faut que j’y retourne au lever du soleil, pour y être tranquille.
Déjeuner dans une maison historique, des nouilles froides (soba) et un dessert succulent à base des éléments habituels : glace au thé vert, glace au sésame noir, boules de pâte de riz, haricots azuki, le tout avec du lait concentré !
Nous continuons à pieds, en passant la rivière, en route pour le château (金沢城).
Il ne comporte pas de donjon, fait rare, et est en restauration depuis 15 ans : en 2008 elle n’était pas encore très avancée, un peu plus en 2010 et 2011, freinée par des fouilles archéologiques.
Là, je dois dire que la restauration, même si elle n’est pas achevée, a sacrement pris tournure : c’est magnifique.
Nous continuons avec le jardin, le Kenrokuen (兼六園) : un des trois plus beaux du Japon, nous l’avons déjà vu à l’automne et au printemps.
Il ne nous restera donc plus qu’à le voir en hiver : Mimi ? 🙂
Le touriste chinois frappe encore, avec une maitresse mémé qui parle aussi fort que si elle s’adressait à l’autre bout de la ville… Je n’ose croire les avoir aperçus à un moment faire tremper les pieds aux enfants dans l’étang principal, je préfère penser me tromper.
Le jardin est vaste, vallonné, et d’une grande variété dans son arborescence, sa végétation, ses pièces d’eau ou de rochers.
Nous rentrons ensuite à pieds, plein de courage et de la satisfaction d’une belle journée bien remplie 🙂

Jour 17 : le médiateur

Aujourd’hui, visite du marché, d’un sanctuaire cosmopolite, et d’un quartier historique de maisons de samourai.
Nous commençons la journée par la visite du marché Ōmicho Ichiba (近江町市場), dont l’origine remonte à l’époque Edo : une belle variété de produits, dont des produits locaux comme le crabe royal.
Nous déjeunons dans un sushi bar, puis nous dirigeons vers le quartier historique de maisons de samourai : le Naga-machi (長町).
A l’image du quartier historique de maisons de thé, on y trouve d’antiques demeures de samourai, dont l’une principalement – la maison de la famille Nomura – se visite et recèle un jardin privatif absolument magnifique.
Mais sur le trajet aller, une belle surprise avec le Oyama jinja (尾山神社), sanctuaire où nous passons un agréable moment à l’abri du soleil de plomb fondu.
La journée s’écoule tranquillement, entre promenade et pause fraîcheur, pour finir par un peu de shopping pour Mimi, qui trouve un très joli sac à main tressé, typique, et un dîner dans un restaurant de brochettes – bah oui : le midi c’est sushi, le soir c’est yakitori – avec malheureusement un afflux de francophones.
On trouve de temps en temps quelque article sur le profil du touriste – plutôt de l’expatrié en général – au Japon, entre celui qui ne reste qu’au sein de sa communauté et celui qui veut tout faire comme les Japonais plus que les Japonais eux-mêmes.
Parmi les différents profils, on trouve celui qui n’aime pas trop être en présence d’autres occidentaux, surtout ceux parlant la même langue maternelle que lui.
J’avoue être dans ce cas : je n’aime pas croiser des occidentaux aux Japon et j’aime encore moins croiser des francophones. C’est très idiot, mais je pense que cela génère chez moi le sentiment qu’on me vole « mon » Japon, puisque cela me replonge illico du monde flottant – mais pas idéalisé pour autant – dans le monde quotidien.
C’est sans doute aussi pour cette raison que j’aime les visites et les itinéraires hors des sentiers battus.
Bref, pas loin de nous dans le restaurant se trouve une famille de francophones et on les entend de temps à autre discuter avec le serveur : ok, la mère de famille parle très bien anglais, mais faire de longues phrases compliquées n’est pas une bonne idée.
A la fin de notre repas, le serveur me demande, sans doute parce qu’on emploie autant de japonais qu’on peut pour commander, si je parle japonais : je réponds que très peu.
Il m’explique alors, dans un franchement bon anglais, que la famille en question est à la fois énervée et affamée et me demande si je veux bien, bien qu’il parle anglais, discuter avec eux.
On trouve là un bel exemple de la difficulté pour un Japonais de gérer les conflits, a fortiori avec des étrangers, dans une langue qu’il considère ne pas maîtriser.
De ce fait, en me faisant intervenir, moi un autre étranger, il voit non pas une porte de sortie ni un échapattoire, mais l’intervention d’un médiateur « tiers de confiance » qui permettra à chacune des parties de sortir du conflit sans perdre la face.
Je vous renvoie au film « Soleil Levant (Rising Sun) » avec Sean Connery et Wesley Snipes.
Pour la petite histoire, le sujet de désaccord est assez simple : ils ont commandé des « menus pour 2 » et quelques plats d’accompagnements, ont reçu ce qui était décrit, mais ont trouvé que c’était trop peu, surtout pour le prix.
A l’accent, je les imagine Belges et je ne peux m’empêcher de sourire intérieurement en repensant à Astérix chez les Belges et son fameux « ça est frugal ».
Ils sont effectivement énervés, surtout elle en fait, qui se demande pourquoi il me fait venir alors que je m’exprime avec lui surtout en anglais.
Du coup, elle n’est pas en disposition de comprendre les tenants et aboutissants, et que l’erreur à la base était peut-être – dans un restaurant de brochettes franchement pas cher et étant donné leur appétit – de ne pas commander à la carte, mais des menus pour 2 dont la quantité correspond à des Japonais.
J’explique donc que je comprends le japonais plus que je ne le parle, ce qui me permet d’utiliser mon téléphone pour montrer des phrases en anglais traduites en japonais au serveur et donc de discuter avec lui en toute discrétion.
Lui et moi sommes d’accord pour conclure sur le fait que la situation doit maintenant être gérée par le boss, ce que je propose à la mère de famille, qui me dit qu’il est déjà venu.
Ils jettent ensuite l’éponge en disant qu’ils ne feront pas de difficulté pour payer, mais qu’ils veulent faire passer le message qu’ils sont déçus.
Je comprends leur point de vue : manque de bol pour eux, les menus pour deux n’étaient pas la bonne idée pour les appétits solides.
En tous cas le serveur est soulagé de se sortir de ce mauvais pas : mission accomplie.
Nous rentrons en taxi, pour la modique somme d’à peu près 6€, avec en prime l’expérience de faire comprendre sa destination au chauffeur : je n’ai pas l’adresse en japonais, il ne comprend pas l’anglais, donc il faut me débrouiller en montrant le plan sur mon téléphone et le nom du quartier, avec mes trois mots de japonais.
Nous arrivons tout de même à destination 🙂

Jour 18 : Eiheiji

Petite excursion en dehors de Kanazawa aujourd’hui, puisque nous allons visiter le temple Eiheiji (永平寺), dans les montagnes à l’Est de Fukui (福井市).
Un peu de train, un peu de car, et nous voilà dans la montagne, avec de nombreux pélerins, mais pas trop.
L’endroit est magnifique : bâtiments nombreux et superbes, cadre enchanteur.
Il faut dire que le temple est toujours très en activité, avec entre 200 et 250 moines présents, dont de nombreux étudiants.
Nous terminons la visite par un déjeuner de nouilles, mais surtout, pour le dessert, de succulents éclairs – matcha et sésame noir pour moi – dans un restaurant où le propriétaire est allé en France pour apprendre à les faire.
Retour à Kanazawa, quelques courses et dîner à la maison.

Jour 19 : repos dominical

Un dimanche franco japonais : petites courses matinales, déjeuner à la maison, sieste, promenade dans le quartier des temples et une chouette boutique de vaisselle, courses pour le soir et dîner à la maison.
C’est notre dernière nuit à Kanazawa, avant de partir vers le Nord et la péninsule de Noto.